L’éducation nationale présente dans son rapport « Aide à l’évaluation des acquis en fin d’école maternelle » un dispositif d’évaluation des enfants de 5 ans. »
Et après tout quoi de plus normal ? Comment aider des enfants si nous sommes dans l’incapacité de mesurer et de comprendre leurs difficultés ? Comment mettre en place des dispositifs adaptés en l’absence d’outils d’analyse ?
Le document en question aborde 4 items : s’approprier le langage, découvrir l’écrit, découvrir le monde, devenir élève. Il se compose de grilles, de fiches pédagogiques, et constitue en cela un outil comme un autre semble t’il.
A la lecture du document nous pouvons nous interroger sur la nature de la forte polémique qui est apparu quand le document à été rendu publique. Après tout, l’évaluation est un des fondements de l’enseignement public en France.
Pour comprendre l’origine de la polémique il faut dans un premier temps revenir sur le contexte dans lequel intervient ce document et porter attention au vocabulaire choisit.
En 2006 un rapport de l’INSERM laissait entendre qu’il était souhaitable de repérer les enfants présentant des troubles du comportement dès trois ans pour leur éviter un probable parcours délinquant. Le fait qu’il soit possible de prédire l’avenir d’un enfant de 3 ans, âge où tout est en mouvement est un premier choc. Les hommes politiques rebondissent sur cet aspect et y voient un réel déterminisme dans le parcours déviant d’un individu. L’évaluation devient donc un outil de « lutte contre la délinquance ».
Les trois catégories choisit pour analyser le comportement des enfants offre une lecture sur les buts poursuivi : « Rien à Signaler », « à risque », « à Haut Risque ». N’avons-nous réellement rien à signaler lorsque les enfants vont bien, n’est il pas de la mission d’une évaluation de poser un regard, d’analyser ce qui va bien, voir de la valoriser ?
Les deux autres catégories sont elles franchement inquiétante : La notion de Risque est une notion floue. Le risque c’est la potentialité de l’apparition d’un danger.
La loi du 5 mars 2007 concernant l’enfance en danger porte le même présupposé : Elle crée pour centraliser les signalements d’enfants en danger des cellules d’informations préoccupantes. On remplace ici la notion de danger, par une notion plus floue « l’information préoccupantes », comme on remplace un éventuelle lacune repérée par la notion de « haut risque ».
Classer un enfant dans une catégorie de Haut Risque est une lourde responsabilité. S’il est catégorisé en Haut Risque il est potentiellement très dangereux. Nous voilà avec un enfant de 5 ans à qui on attribue un profil de futur ennemi publique. Il faut s’interroger sur le sentiment des parents face à un tel diagnostique. Il faut s’interroger sur la force de l’étiquette que l’on pose sur un enfant de 5 ans.
La psychologie sociale a pu mener des expériences sur la question des étiquettes. Elle à montrer qu’en découpant arbitrairement un groupe en deux catégorie, l’une considérée comme difficile l’autre comme ayant de forte capacité, on prédispose les « enseignants » et le découpage arbitraire devient réalité. Les sociologues nomment cet effet : effet Pygmalion ou prophétie auto-réalisatrice.
L’un des risques se situe ici. L’évaluation restant au dossier il crée une étiquette durable pour l’enfant qui risque bien de se voir prit, à son corps défendant, dans la prophétie auto-réalisatrice de son échec social. Et cela dès 5 ans.
On le voit le risque d’une évaluation est de produire l’effet contraire à l’effet rechercher : Elle influence les instituteurs et les futurs professeurs en ce qu’elle nourrit le présupposé que l’enfant est ce que l’évaluation disait qu’il était à 5 ans. Quand on a été classé à risque, quel professeur acceptera de croire qu’on en l’est plus ?
Mais à propos on repère pour faire quoi ?
Les promoteurs de cette évaluation nous parlent de prévention mais par nature une évaluation constate des lacunes déjà avérées. Elle peut au mieux permettre la mise en place d’un « traitement des symptômes » mais ne peut que difficilement prévenir.
Il s’agit donc d’inscrire des enfants qui potentiellement pourraient présenter plus tard des troubles gênant du comportement dans un dispositif particulier qui traite les problèmes non encore totalement survenus.
Un écueil réside en la stigmatisation qu’implique l’inscription dans un dispositif de traitement des lacunes : Un regard particulier sera porté par les autres enfants et leurs parents sur les enfants inscrit dans le dispositif de traitement des élèves à Haut Risque. Quel parent censé laissera son enfant jouer avec un enfant à Haut Risque ?
Si il faut crée des dispositifs quels sont les moyens pédagogiques, financier et humain qui seront dégagé ?
Le deuxième écueil réside en ceci : Si il y a des enfants qui sont à Haut Risque à 5 ans c’est que nous n’avons pas fait notre travail de prévention avant. Il faut donc redescendre, nous reviendrons alors au préconisation de l’INSERM et évaluerons notre enfance dès trois ans puis analyserons le comportement de l’enfant intra-uterin… .
Analyser et Evaluer les enfants dispensent d’une chose : Analyser et Evaluer les dispositifs mis à leur disposition. On recherche l’individuel sans interroger ce que la société met en place pour le bon développement des enfants.
Il est grand temps de cesser de scruter les enfants au micro-scope et de créer un service éducatif de la petite enfance qui servent d’appuie aux parents dans l’éducation de leurs enfant.
Les modes de garde des enfants entre 0 et 3 ans doivent être conçu comme des lieux développant un pédagogie et délivrant un apprentissage.
Plus d’un millions d’enfants entre 0 et 3 ans sont en dehors des lieux d’accueils de la petite enfance (crèche, Auxiliaire de Puericultrice, ….). Si la société est inquiète du developpement de la jeunesse qu’elle commence par donner les moyens à chaques enfants de disposer d’un accueil éducatif et de qualité entre 0 et 3 ans.